La transmission de la navigation ancestrale : une identité à faire renaître

La transmission est l'action de transmettre ou de faire passe quelque chose à quelqu'un de manière orale ou encore par l'exemple pour qu'elle puisse perdurer dans le temps. La navigation et la pirogue ont survécu à travers l'Histoire par divers moyens : la littérature, les nouvelles expéditions, la pédagogie mais aussi le sport.

 

  • La littérature

L'histoire du peuplement de la Polynésie a longtemps fasciné les Européens, carsans outils modernes les polynésiens de l’époque ont su atteindre les îles proches comme lointaines. Les polynésiens vivaient à une période où ils ne savaient ni lire, ni écrire, la tradition orale était leur seul moyen de transmettre leurs savoirs. Les dessins et croquis des européens sont les seules preuves du passé qui témoignent de cette navigation tel qu’énoncée dans le journal de bord de James Cook.

Source: Gravure de 1847 par Rienzi

Plusieurs ouvrages font références à la navigation ancienne des premiers Polynésiens, dans le but d'expliquer leur berceau de départ, décrivant ainsi les méthodes de navigation et leur support.

C'est ce que à quoi l'anthropologue, archéologue et navigateur norvégien Thor Heyerdahl a consacré sa vie. Ce dernier est connu grâce à l'expédition qu'il mena en 1947 avec cinq équipiers sur un radeau du nom de Kon Tiki, afin de prouver que le peuplement de l'Océanie s'était effectué à partir de l'Amérique du Sud et non de l'Asie du Sud-Est. Ainsi a débuté au XXe siècle la renaissance de la navigation ancestrale. Cette expédition fut médiatisée et on y a consacré une adaptation cinématographique du nom du radeau (2012).

Photographie: l’expédition du Kon Tiki de 1947, de l'article Kon Tiki.

  • Les nouvelles expéditions

La navigation traditionnelle est ancrée dans l'histoire et dans la culture du peuple polynésien. C'est pourquoi la faire revivre de nouveau est un enjeu majeur pour de très grands navigateurs tel que Nainoa Thompson. Capitaine de la pirogue Hokulea, qui est connue pour sa traversée traditionnelle en 1976 entre Hawaïï et Tahiti, il est aujourd'hui président de la Polynesian Voyaging Society. Il promeut ainsi l'importance de la navigation traditionnelle.

La Polynesian Voyaging Society est une organisation à but non lucratif qui a pour objectif de perpétuer la tradition des méthodes de navigations anciennes.

Photographie: Hokulea en 1976, Polynesia Voyaging Society

Suite à la traversée de Hokulea, plusieurs pirogues doubles se sont construites au sein du triangle polynésien, afin de recréer une alliance entres les îles-sœurs, à travers des expéditions communes menant à Raiatea, noyau sacré de la Polynésie. Quelques passionnés à la recherche du savoir ancien ont vogué sur les traces des ancêtres à bord des huits premières pirogues anciennes. Cette expédition a rassemblé la Nouvelle-Zélande avec son navire Te Aurere, Rarotonga des Îles Cook avec leur va’a Taki Tumu, les Hawaïïens avec leur trois embarcations Hawailoa, Makali'i et Hokulea et enfin Tahiti avec Tahiti Nui et A’akaihikinui. Cette expédition a été un grand succès et a perduré jusqu’à nos jours, avec de nouvelles pirogues plus modernes, dont la tahitienne Fa'afaite i te Ao Maohi.

 

La navigation est la même, s'aidant des astres et des éléments naturels. Quant à la pirogue elle s'est adapté à l'époque mélangeant traditionnelle et moderne à la fois. Celle de Fa'afaite i te Ao Maohi est ainsi faite avec de nouveaux matériaux, comme les voiles imperméables, le moteur à hélices, les panneaux solaires mais en gardant tout de même le gouvernail traditionnel appelé hoe.

Photographies: Danee Hazama, Fa'afaite i te Ao Maohi

  • La pédagogie

En Polynésie, afin de promouvoir la navigation traditionnelle, on sensibilise aussi les plus jeunes, c'est-à-dire les enfants des écoles élémentaires par de nombreux moyens. Par le biais des travaux manuels tels que la construction du titiraina, qui est la représentation d'une petite pirogue faite à partir de feuillage. Par la discipline de l'histoire-géographie, à travers l'histoire du peuplement de l'Océanie par les Anciens, mais aussi en organisant la participation des enfants à l'accueil, à la découverte des grandes pirogues doubles polynésiennes.

Photographies: Danee Hazama, accueil de la pirogue Rangi à Mahina.

Il y a également, au-delà du triangle polynésien, dans les pays anglo-saxons, des écoles spécialisées de la navigation. Comme The RCC Pilotage Foundation, basée en Grande-Bretagne ou encore The Royal Institute of Navigation de Londres. Leurs objectifs sont de perpétuer l'apprentissage de la navigation à travers l’utilisation de nouveaux matériaux destinés à un grand public d'intéressés.

Photographie : Un titiraina va’a du site internet titirainavaa.webbly.com

 

  • Le sport

La pirogue polynésienne garde encore une valeur importante malgré le fait que la modernisation s’installe de plus en plus dans la société actuelle. C'est à travers des activités sportives telles que la Hawaiki Nui ou encore la Molokai hoe que le va'a continue à vivre face à l'épreuve du temps.

Photographies: Hawaiki nui.

Autrefois, le va'a était utilisé pour la navigation, pour la pêche, ainsi que les échanges inter-îles. Au temps du règne des Pomare, la pirogue d'une part était un instrument de la guerre navale. D'autre part, elles servaient d'animations lors des festivités locales ou étrangères, comme le sacre de la Reine Pomare.