Les méthodes de navigation

 

Pétroglyphe représentant une rose des vents et une pirogue, Musé de Tahiti et des îles, dépôt, n°13.

Depuis toujours les peuples polynésiens se sont appropriés la pirogue en tant que moyen de transport, de communication, d’échanges et elle est devenue l’un des symboles forts de leur civilisation. Après les migrations des peuples austronésiens vers le Pacifique, leurs descendants polynésiens conquièrent les îles telles que les Marquises, les Iles de la Société ou encore Hawaï.

 

  • La navigation aux étoiles

Les Polynésiens ont acquis des méthodes et des savoirs ancestraux qui leur ont permis d’apprendre à observer leur milieu naturel et de se l’approprier.

 

Carte du ciel de Tahiti, Maurice Graindorge, 1986. N°12.

Pour voyager d’île en île à bord de leur pirogue double (pahi), les Polynésiens se guidaient grâce au Soleil et particulièrement grâce aux étoiles. Leur connaissance des étoiles et des constellations était inestimable. Durant la nuit les étoiles leur servaient de guides, les corps célestes formaient des points et indiquaient le chemin à suivre durant les déplacements.  Grâce à cette maitrise du ciel les navigateurs polynésiens pouvaient savoir d’où ils étaient partis et également où se dirigeaient.

 

Dessin représentant schématiquement une pirogue traditionnelle polynésienne suivant « l’hameçon de Maui», qui lui donnera sa route jusqu’à Hawaii, laissant à sa droite et avant la Croix du Sud, et à sa gauche en arrière l’Etoile Polaire.

Source : Cercle d’Investigation de l’ethnoastronomie locale

 

 Il y avait plusieurs méthodes d’observation des étoiles : le repère des étoiles au zénith pour déterminer la latitude, la technique de l’Etak et du « chemin d’étoile », ainsi que l’observation des astres visibles pour connaître la longitude.

La méthode la plus remarquable est appelée le « compas d’étoiles ». Toutes les nuits chaque étoile se lève à l’est et se couche à l’ouest et forme un arc de cercle identique. Lorsqu’une étoile n’était plus visible, les navigateurs se fiaient alors à une nouvelle étoile placée au même endroit que la précédente et ainsi de suite. Cette succession d’étoiles prenait la forme d’un guide pour les navigateurs et était surnommé à Tahiti « Chemins d’étoiles », « Avei’a » en tahitien.

Représentation moderne du compas d’étoiles, les points cardinaux y sont représentés face aux étoiles avec leur nom en tahitien.

 

En plus du « chemin d’étoile » les Polynésiens se servaient également des constellations, notamment lorsque les nuages apparaissaient lors de la tombée de la nuit.

Photo : Christophe Mercier, Moana Nui Project

Photographie Danee Hazama

Mau Piailug, grand Maître-Navigateur Mmcronésien enseignant à son fils la navigation astronomique à l’aide d’un « compas d’étoiles » en coquillages et coraux.

Selon les techniques, les étoiles étaient mémorisées à l’aide d’un corail (ana), la position des coraux délimitait l’espace et se référaient à chacune des étoiles.

Avant les voyages, les marins fabriquaient des pirogues miniatures, comme le « titirai’na », pour s’approprier l’espace et développer leurs connaissances en matière de vent, de force de la mer. Les cerfs volants également étaient utilisés.

Titira’ina, jouet sous forme d’aéro-hydroglisseur, Musée de Tahiti et des îles

 

L’Etak est une autre méthode d’observation des étoiles, qui consistait à voyager d’une île à une autre en suivant la progression des étoiles grâce à une troisième île qui en fait était invisible ou encore n’existait pas. La mythologie polynésienne était très présente, de ce fait cette troisième île était souvent représentée par un animal souvent une baleine immobile, cet animal était invisible mais utile pour former un triangle et ainsi se repéré.

Légende de Maui :

Selon la mythologie polynésienne la navigation ancestrale était considérée comme un art. Tout d’abord pour les anciens Polynésiens « ce n’était pas la pirogue qui naviguait mais les îles qui se déplaçaient comme de véritables poissons ». D’après la légende « beaucoup d’îles du Pacifique auraient été tirées par Maui des profondeurs de la mer comme des poissons ».

En journée l’étoile utilisée était le soleil. Les quatre points cardinaux étaient alors repérables au lever et au coucher du soleil et les autres intermédiaires grâce à la force du vent. La navigation ancestrale était considérée comme un don qui transmis aux Polynésiens par leurs ancêtres, des techniques particulières avec lesquelles ils pouvaient parcourir de longues distances.

 

  • Les éléments naturels

En plus des étoiles, des constellations et du soleil, les navigateurs s’aidaient également de la force du vent, la connaissance des vents était utile à la navigation durant la journée notamment.

Pour cela les marins utilisaient des plumes ou du végétal qu’ils accrochaient au-devant de la pirogue pour voir la direction du vent et distinguer les changements.

Photo : Christophe Mercier.

Photo : Christophe Mercier, Moana Nui Project

Cependant cette utilisation des vents pour naviguer était considérée comme la moins précise alors que la houle était davantage fiable, cet élément naturel était beaucoup plus régulier. La houle était surtout observée lorsqu’elle heurtait la coque de la pirogue, mais également par la forme des houles ainsi que la couleur de la mer. 

Les navigateurs polynésiens disposaient aussi d’une connaissance importante des courants marins, permettant de les guider, et les diriger.

Carte des courants marins micronésiens.

 

Plusieurs autres éléments étaient également indispensables, la présence des oiseaux était très importante car elle pouvait déterminer la distance par rapport à l’île ou encore la direction dans laquelle se trouve l’île.

Photographies : Christophe Mercier, Moana Nui Project

Les navigateurs suivaient également les animaux marins notamment les mammifères ainsi que les « Dieux requins » considérés comme des légendes.

Il y avait également les nuages qui indiquaient la présence d’une île haute ou d’un lagon, de plus la couleur des lagons, des océans se reflétait sur les nuages et c’était une autre manière de se repérer. D’autres indices pouvaient être utilisés comme par exemple les végétaux à la dérive, tels les noix de coco par exemple pouvaient signaler l’existence d’une île.

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