Il existe sept genres de 'orero

Il existe différents 'orero, que l’on divise en sept genres littéraires.

  • Le paripari fenua est celui que l'on rencontre le plus souvent dans les sociétés orales polynésiennes. Il concerne une terre, un lieu. Il s'agit en quelque sorte de glorifier un lieu, pour montrer son prestige et sa force. En effet, les sociétés polynésiennes ont un grand attachement à la mer et à la terre. Celles-ci font pleinement partie de l'identité polynésienne. À chaque culture, récolte, plantation, il fallait toujours remercier la terre pour ses offrandes. Même si la société s'attachait aux dieux, la terre donc l'environnement avait une place prépondérante. C'est pourquoi, on devait sentir, à travers le discours élogieux et valorisant de l'orateur, un lien fort entre sa terre et lui.

Voici l’extrait d'un paripari fenua

E moti i Vai-o-va'a e horo roa i 'Ea'Ea , o Hitia'a te fenua

Te mou'a i ni'a, o Te-vai-Tohi, o Mauru e o Ta-hou-tira.

Te tahua i raro, o Te-'iri'iri

Depuis Vai-Ô-va'a jusqu'à 'Ea'Ea, Hitia'a est la terre.

Les montagnes qui se dressent sont Te-vai-Tohi, Mauru et Tā-hou-tira

La place de réunion en contre-bas est Te-'iri'iri

Source : L'art déclamatoire, 'orero à l'école primaire

  • Le fa'ateni en revanche, est l'éloge d'un homme et de ses haut-faits, de ses grandes expériences. Il faut dans ce cas-là, louer les valeurs héroïques d'un héros de guerre ou tout simplement d'un guerrier. Ce type de 'orero témoigne de l'importance de la guerre dans les sociétés anciennes : les victoires permettaient sans doute un enrichissement économique, mais surtout un rayonnement auprès des autres communautés voisines.

Exemple d'extrait d'un fa'ateni

O te marae nei te mo'a e te hanahana o te fenua,

o te te'ote'otera'a ia o te ta'ata no teie mau fenua, o to

te fenua ia 'una'una te marae.

E aora'i i pupuhia na te Atua

...no te marae tupuna nei i ta'ohia ai e, e 'āi'a fenua no te ta'ata...

Le marae est la sainteté et la gloire d'une terre,

Il fait l'orgueil des hommes de ces contrées

Magnificence de la terre est le marae,

Il est l'olympe qui fut offert aux dieux.

...de ce marae ancestral il a été dit :

il est la patrie de l'homme.

Source : L'art déclamatoire, 'orero à l'école primaire

  • Le fa'atara de même que le fa'ateni a pour objectif de vanter les qualités de l'homme et de la nature, mais tout en ajoutant cette fois-ci un ton de fierté. Ce discours permet en fait de lancer un défi à la personne qu'on souhaite défier. Souvent, on y met de l'orgueil, de l'assurance avec des tons durs, froids, secs comme pour concurrencer avec un adversaire et lui donner des frissons. Cette pratique est typique d'un système guerrier où le plus fort a plus d'importance et peut mettre l'autre en position de faiblesse, de déséquilibre. C'est pourquoi, avec ce type d'éloge, il y a souvent confusion entre le fa'atara et le fa'ateni car tout deux visent l'éloge de l'homme-guerrier mais à leur manière.

Extrait d'un fa'atara

O To'ahotu ti'ira'a tapu !

 

E fenua 'ino , e fenua fao, e fenua tapu !

 

 

E'ita e fa'aherehere i te ari'i !

'Ua rave, 'ua rave roa,

Opapa, opapa Vaira'o !

Elle se nomme Toahotu à qui l'on a recours pour les sacrifices !

C'est une terre impitoyable,

une terre de magie noire,

une terre de sacrifices !

Elle n'épargne point les rois !

Elle prend elle prend pour garder,

Triomphante, triomphante de Vaira'o !

Source : L'art déclamatoire à l'école primaire

 

  • Le pehepehe, qui est le moins utilisé, renvoie à une fable ou à une poésie et transforme le discours en chant mélodieux et harmonieux. Cette fois-ci on change de registre avec des tons plus doux, l'objectif étant d'émouvoir le public. Certains diront qu'il faut le rendre « joli ». Peu importe le genre littéraire utilisé, l'importance est d'ajouter une touche mélodieuse, musicale tout comme le Himene tarava.

Tane (dieu puissant des Polynésiens), descendit sur terre, s'assit sur une plante appelée toa pour que les graines de pia aident les cieux à s'agrandir, et chanta :

Tura, tura ai toa, e

I te pou o te hoa o te ra'i e,

E huea i tara o te rai e!

O Rû-roa ta'ata.

Tura hia e ra'i e tura hia.

Tutura ai toa e.

Noho ai rà te ra'i i ni'a,

I te pia, te teve, e i te auariiroa

 

Soutiens, soutiens maintenant le guerrier

Avec le pilier de l'ami des deux.

Soulevés par enchantement seront les cieux.

Le grand Rû, l'homme.

Soutient le ciel qui est soutenu.

Soutenu maintenant par le guerrier.

Reste en l'air, maintenant ciel,

Sur le pia, le teve et l'arbre ombrelle.

 

Source : Teuira HENRY, Tahiti aux temps anciens. Chapitre « Chants et légendes ».

  • Le ta'u/pata'u/pata'uta'u n'est pas vraiment un genre littéraire : en fait, il s'agit plutôt ici d'un chant rythmé. Le ta'u servait à faire des prières mais aussi à « énumérer » des faits ou des techniques de savoir-faire. C'est un moyen, par son rythme, d'encourager le maniement d'objets matériels et de persévérer dans les pratiques ancestrales.

 

Extrait d'un pata'uta'u

E fa'aarara'a no te to'i

Ta'ai atu na i te to'i !

Pupu ! E 'aro ! E ra'ai !

Fa'atae atu i te to'i i mua i te au !

E rahiri i te maro rere !

E ara no Tane, atua tahu'a nui !

E ara no Ta'ere ma'opo'opo !

E ara no Te-fatu nu'u

E ara no Ta'aroa, metua a te nu'u atua !

 

Source : L'art déclamatoire, 'orero à l'école primaire

Réveillez l'herminette !

Faites donc voyager l'herminette !

Présentez-la, faites-la combattre, à sa juste valeur !

Menez l'herminette dans le courant !

  • Le 'ā'ai signifie « nourris-toi ». L'accent est mis sur les légendes qui constituent les bases de l'identité polynésienne. Les Polynésiens s'inspirent de ces légendes pour se forger une particularité à l'image des dieux, des guerriers, des terres contées dans les légendes. En fait, le 'ā'ai est un moyen pour les sociétés d'ajouter une profondeur sacrée à leur généalogie.

Lors du grand concours de 'Orero i Tahiti 2015, l'oratrice n°1, Tetuamaniihiva Testevuide, a présenté un 'ā'ai de la commune de Taiarapu qui s'intitule « Te māreira'a i te rā »

Ti'a mai nei au i mua ia 'outou, nō te fa'ati'a atu i te

'ā'amu o Māui, Māui-ti'iti'i-o-te-rā.

E 'aito rahi teie , tei fa'aitoito e haere e mārei i te rā

nō te fa'atano i to na terera'a.

Mai ia Māui ra, e fa'aitoito ato'a vau i teie pō i te

fa'ateniteni i te reo.

...

Me voici devant vous pour vous conter l'histoire

De Māui, le dresseur de Soleil.

Tel un héros, il s'est armé de courage pour capturer le

Soleil afin de régler sa course.

À la renommée de Maui, je me dote ce soir

de son courage pour faire résonner la langue...

Source : http://la1ere.francetvinfo.fr _'Orero 2015 : tous les orateurs sur Polynésie 1ere TV  et Internet.

 

  • Le piri qui semble être plus ludique, renvoie aux charades ou devinettes, ce sont elles qui caractérisent la société d'antan. Ce type de 'orero servait à mettre à l'épreuve les connaissances, les savoirs de l'autre. Il met l'interlocuteur en situation de réflexion, à la logique, à pousser ses limites intellectuelles et à développer ou à enrichir son esprit.

 

 

Upo'o iti mata rau, arero iti parau 'ore

= 'O te 'uru ia

Petite tête aux yeux multiples, petite langue qui ne dit mot

= Le fruit de l'arbre à pain

Source : L'art déclamatoire,'orero à l'école primaire

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