Le 'orero aux temps anciens

Le 'orero a longtemps été une pratique réservée aux élites de la société ancienne. Ainsi ceux dont les ancêtres avaient des liens avec le 'orero, qui étaient reconnus comme des guerriers importants, étaient généalogistes ou encore messagers de leurs chefs, peuples ou dieux, pouvaient exercer cette pratique. S'ajoutait la classe des prêtres qui se devaient d'exercer également le rôle de professeur ou d'enseignants particuliers et se spécialisaient dans la rhétorique. La maîtrise et pratique de la langue polynésienne étaient essentielles : c'est pourquoi, l'enseignement était adressé uniquement aux plus distingués de la société car ils avaient l'avantage d'être issus de familles nobles et de bénéficier d'une riche éducation. Certains critères fermaient donc la pratique du 'orero : il y a notamment le statut social de haut rang, puis la généalogie, dans la mesure où les familles devaient impérativement avoir un ancêtre 'orero. La pratique se transmettait d'une génération à une autre pour ne pas tomber dans l'oubli et surtout pour essayer de marquer son appartenance sociale.

L'apprentissage était strict et très rigoureux : il était laissé aux mains des tahu'a, des prêtres dont la culture était développée, qui récitaient les chants, les généalogies et les prières. Le 'orero devait être formé dès son plus jeune âge pour qu'il ait ensuite une bonne maîtrise de son patrimoine une fois l'âge adulte atteint et pour qu'il puisse à son tour transmettre son héritage à autrui. Le prêtre qui avait la tutelle de l'enseignement devait le former à son image et suivre son enseignement jusqu'à ce qu'il devienne un orateur chevronné.

 

Cérémonie religieuse se déroulant sur un marae en présence de prêtres et du peuple.

Ce re monie

Source : La civilisation des anciens polynésiens – Direction des Enseignement secondaires

 

Lorsque sa formation était achevée, il semble que l'apprenti ne devenait pas directement 'orero mais qu'il devait faire ses preuves au sein de la communauté et surtout auprès du chef, qui choisissait le futur 'orero. La fonction était déterminée par le roi, ce qui la rendait honorable. Il ne faut pas oublier que la fonction première du 'orero avait un aspect spirituel et divin. Il devait notamment déclamer des discours sur les mara'e, considérés alors comme les principaux lieux sacrés. Cela veut donc dire que le 'orero était vu comme un messager des populations, des rois, ou des dieux : cela lui conférait un caractère presque sacré car il détenait un don des dieux, et donc tendait à devenir un personnage qui incarnait les valeurs et désirs divins. Le 'orero était donc souvent craint du fait de son caractère sacré. Même s'il était au service de sa communauté et de son roi, il était d'abord au service des dieux, ce qui met l'accent sur les relations entretenues avec les dieux et l'importance de la croyance et de la religion dans ces sociétés.

Ce lien marqué entre les divinités et le peuple par le 'orero, montre aussi l’importance de la communauté. Le 'orero devait attirer l'attention de la communauté et la réunir par ses paroles et discours. L'orateur avait un rôle important dans le fonctionnement et l'organisation sociale des groupes d'individus. Le 'orero préservait ainsi le savoir inestimable que les prêtres lui avaient transmis, ce qui lui conférait un statut social élevé et une grande importance de la préservation des traditions orales. Il était le lien entre le l'héritage du passé et le présent de ces sociétés.

Cette forme de continuité de l'héritage culturel et du patrimoine oral ne perdura pourtant pas en raison d'une occidentalisation forte au sein de la société polynésienne.

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