Entre culture et mondialisation

De nos jours, le tatouage est ancré dans la culture polynésienne. Il est pratiqué par bon nombre d’artistes et leur clientèle se voit de plus en plus nombreuse. Cette tradition continue à être symbolique pour les Polynésiens, ajoutant en plus un sens esthétique. C’est un vrai phénomène culturel, qui ne semble pas confronté à une déperdition, mais plutôt à une évolution de plus en plus importante dans le sens le plus positif.

Les seules craintes de bon nombre d’artistes tatoueurs et de tatoués sont l’appropriation de cette culture par des étrangers, autres que des Polynésiens et aussi le fait que cet art devienne banal pour ceux qui demandent un tatouage. Il s’agirait juste de le faire parce que tout le monde le fait, sans se soucier de la réelle signification de cet art.

 

« Je viens de Suisse et je suis tombé amoureux de la culture polynésienne

 lors d’un séjour aux Marquises. J’ai décidé de revenir par la suite

et de me faire tatouer le haut du corps de motifs marquisiens.

Cela m’a tellement plu que je suis alors devenu à mon tour tatoueur, mais je ne sais que faire des patiki. J’ai donc mon propre tatoo shop en Suisse.

Seulement je trouve triste que de plus en plus de personne viennent me voir

pour se faire tatouer pour le coté esthétique.

Ils n’ont pas l’air de comprendre que c’est un héritage d’ancêtres polynésiens à forte connotation. Tout ce qu’ils veulent, c’est les mêmes marques de tatouage qu’ils ont vu sur les célébrités du football ou de cinéma comme Dwayne Johnson. »

(Aito, tatoueur de Drop in Shop en Suisse)

 

L’art du tatouage a connu une telle expansion, qu’il s’est diffusé à l’échelle mondiale, notamment grâce aux tatoueurs qui l’exportent à l’international. C’est ainsi que dans certaines parties du globe, le tatouage polynésien, en particulier les motifs marquisiens sont repris et utilisés par de nombreux tatoueurs étrangers. C’est dans ce contexte de diffusion que d’autre personnes provenant d’autres cultures sont désireuses de se former dans cet art. On passe alors du stade de mémoire à une pratique exercée et réclamée dans le monde entier.

De plus, plusieurs conventions et expositions de tatouage sont organisées. C’est l’exemple du Festival Polynesia Tatau, qui se déroule aux Musée de Tahiti et ses îles toutes les années depuis 2012. Au programme, des rencontres entre les artistes du fenua et ceux venus des quatre coins du monde, une opportunité pour les visiteurs de se faire tatouer, des tables rondes et des conférences. C’est par le biais de ces évènements indispensables que la pratique du tatouage est mise en avant. La rencontre de 2016 s’est intéressée tout particulièrement à l’avenir de cette pratique et du métier. Et pour le futur, l’association organisatrice de l’événement voit plus loin. Elle souhaite exporter les jeunes tatoueurs pour qu’ils assurent la promotion de cette pratique typiquement polynésienne mais parmi les nouveautés, elle met l’accent sur la future génération avec en perspective, la mise en place d'un diplôme en collaboration avec le Centre des Métiers d'Art.

Photographie de la Convention de Tatouage aux Musée de Tahiti et ses îles 2016

 

 

« L’idée est d’emmener un cadre aux jeunes tatoueurs qui émergent.

Les jeunes qui sortent de cette école comme les artistes connus Makalio, Okara sont des garçons talentueux. Avec le Centre des Métiers d’Art,

 il y a une approche historique culturelle, des théories, de la recherche, de l’archéologie, cela globalise l’ensemble de la culture.

Nous souhaitons la mise en place de quelque chose de structuré

pour que le diplôme soit reconnu par le territoire

et ensuite l’Etat pour arriver à une sorte de label.

 A travers ce label, ce sera une façon de nous protéger. » 

(Aroma Salmon, tatoueur de renom, co-organisateur du festival Polynesia Tatau de 2016)

 

A ce jour, la pratique du tatouage a connu un essor phénoménal en seulement une trentaine d’années, en passant de l’ombre à la lumière. Bien plus qu’une culture de la marque corporelle, elle est aussi la marque d’une culture autochtone aux origines ancestrales et une affirmation du Polynésien, soucieux de la préserver.

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