Le passage à l’âge adulte

Dans les sociétés polynésiennes d’avant le contact, la pratique du tatouage était une opération qui mettait le corps à rude épreuve. Douloureuse, elle devait être supportée par les jeunes. Un ensemble de rituels et de tapu était pratiqué. Lorsqu’un individu se tatouait, il possédait alors une seconde peau qui le protégeait. Et l’une des principales fonctions du tatouage était de marquer l’entrée dans l’âge adulte, afin de marquer une rupture avec le Po.

 

Les enfants étaient tatoués très jeunes d’une première marque à l’intérieur du bras, car il était primordial de les rendre moins dangereux pour le reste de la société, puisque, dans la société traditionnelle, on pensait que les enfants venaient du Po, la nuit originelle, le monde des dieux et des morts. C’est seulement à ce moment là que les jeunes enfants étaient libérés du tapu lié à la nourriture. Car jusqu’alors, ils ne pouvaient pas manger avec leurs parents à la table familiale, ni manger de la nourriture issue d’une autre main que celle de leur mère (Richard Allouche, Tattooage, Papeete, Una'Una Productions, 2000).

 

Pour les filles, il était important de posséder tous les tatouages rituels prédéfinis lorsqu’elles atteignaient l’âge de se marier. C’est pour cette raison qu’elles commençaient à se faire tatouer très tôt. Les premières marques étaient tatouées au coude. Grâce à celles-ci, elles étaient délivrées du tapu relatif à la nourriture décrit précédemment. Elles devaient aussi, par la suite, se faire tatouer les mains afin de pouvoir préparer le repas familial (Götz, Cécile Koessler, Richard Allouche, Tatouage polynésien d'hier et d'aujourd'hui, Papeete, Pacific Promotion Tahiti, 2008, 176 p.).

 

Mains

Mains de femmes marquisiennes.

Götz, Cécile Koessler, Richard Allouche, Tatouage polynésien d'hier et d'aujourd'hui, Papeete, Pacific Promotion Tahiti, 2008, 176 p.

 

Main2 Tatouage d’une main de danseuse marquisienne. Richard Allouche, Tattooage, Papeete, Una'Una Prod., 2000.

 

Elles étaient ensuite tatouées une seconde fois lorsqu’elles arrivaient à la puberté. Et c’est alors que de grandes taches noires couvraient leurs fesses avec des grandes lignes en forme d’arches. Elles étaient tatouées ainsi afin d’indiquer qu’elles pouvaient être considérées comme sexuellement matures et prêtes pour le mariage. Bien souvent également, les femmes de haut rang se faisaient tatouer entièrement le bas du ventre. Ces marques étaient alors sensées favoriser leur fécondité (Götz, Cécile Koessler, Richard Allouch, Tatouage polynésien d'hier et d'aujourd'hui, Papeete, Pacific Promotion Tahiti, 2008, 176 p.).

Cuisses de femme.

Götz, Cécile Koessler, Richard Allouche, Tatouage polynésien d'hier et d'aujourd'hui, Papeete, Pacific Promotion Tahiti, 2008, 176 p.

 

 

 

Scène de tatouage traditionnelle maori.

Toile de Gottfried Lindauer, 1915, Auckland Art Gallery Toi o Tamaki

Pour les hommes, le tatouage était vécu comme un devoir difficile. En effet, était qualifié de brave celui qui supportait l’opération sans cris de douleur. Il semblait complexe d’échapper à cette pratique. Malgré le fait que ce soit douloureux, il s’agissait d’une façon de rendre le corps moins tapu et plus séduisant pour célébrer le passage à l’âge adulte, étant donné que le tatouage était traditionnellement pratiqué dès la puberté. C’est pourquoi, celui qui ne possédait pas de tatouages risquait de s’attirer des reproches et de se faire insulter ouvertement.


Pour les premiers tatouages des fils d’un chef, notamment ceux de l’ainé (Opu), toute une cérémonie, nécessitant la contribution de tout le village, était organisée, avec de superbes festivités. Convoqués sur les lieux de la fête, les jeunes gens du village avaient pour ordre de commencer les préparatifs en construisant le local sacré qui allait abriter l’exécution du tatouage, ainsi que les autres habitations pour loger le tatoueur, ses assistants et les Arioi présents à cette occasion. De plus, ils devaient réunir des provisions en quantité suffisante pour pouvoir nourrir les personnes qui allaient assister à la cérémonie durant toute la durée du travail. En remerciement, ces jeunes gens profitaient de l’événement, pour, eux aussi, se faire tatouer des motifs gratuitement pendant les temps de repos du sujet principal. Selon la tradition, le fils ainé du chef se faisait tatouer des pieds en remontant jusqu’à la tête, alors que les autres fils du chef et les autres jeunes gens qui participaient à la cérémonie se faisaient tatouer dans le sens contraire. Cette célébration était d’autant plus importante qu’elle permettait la continuité de la lignée des ancêtres et était indispensable au sujet pour pouvoir devenir un chef et acquérir un grand mana (pouvoir).

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