Le retour d'un patrimoine ancestral

Jusqu’ici, la société polynésienne est influencée par la chrétienté. Vers la fin des années 1970, de plus en plus de jeunes commencent à partir en France pour continuer leurs études et c’est alors qu’ils commencent à se poser des questions, à la recherche de leur identité. Peuvent-ils se définir comme Polynésiens ? Ou comme des Français ? Petit à petit, les Polynésiens se demandent quelle est leur culture, on cherche à s’identifier à des repères et à se définir, chose nouvelle dans la conscience polynésienne. On voit alors un véritable retour aux sources culturelles avec le tatouage traditionnel qui revient à l’honneur, plus pour l’univers esthétique que pour les techniques de tatouage ou les significations ancestrales.

 

Toutefois, la pratique du tatouage n’a pas été redécouverte aussi simplement, mais c’est la pratique qui revient le plus facilement par rapport aux autres puisqu’elle a peu d’exigences. C’est esthétique et extérieur et c’est moins compliqué de se tatouer que de parler une langue polynésienne. La tatouage apparaît donc comme un marqueur de l’identité. Au départ, les motifs sont loin de ressembler à ceux des anciens tatouages. Ils ressemblent plus aux motifs européens étant donné que les motifs polynésiens réapparaissent seulement lorsque Jordi Farrarons, professeur d’art plastique commence à les dessiner vers les années 1980 (Documentaire réalisé par Phillipe Joaquim, Tatau, la culture d’un art, 2015. Les plus grands amateurs de tatouage se trouvent dans les prisons ou au fond des quartiers. Le tatouage est rattaché au départ à une identité de sous-culture pratiqué dans des milieux peu fréquentables. Ce n’est qu’à partir des années 1980 que quelques shops de tatouage apparaissent. Mais la pratique reste marginalisée.

 

Progressivement, la vision du tatouage change. Notamment grâce à Tavana Salmon, chef de troupe de danse à Hawaii. Désireux de renouer avec la culture polynésienne des ancêtres polynésiens, il décide de partir aux îles Samoa en 1982 avec quelques danseurs pour se faire tatouer à la manière traditionnelle. Il est de retour à Tahiti avec un tatoueur et son assistant et il relance la technique traditionnelle en faisant des démonstrations à la Maison de la culture. Il devient alors un véritable exemple pour la société. Les gens vont vouloir de plus en plus se faire tatouer. Une identité culturelle enfin trouvée, les Polynésiens vont commencer à la revendiquer. C’est dans ce contexte, que le tatouage apparaît comme un héritage important qu’il est nécessaire de remettre au devant de la scène (Article de Hior’a n°84, Tavana Salmon, portrait d’un trésor vivant, 2014).

Tavana Salmon. Photographie de l’article de Tenahe Faatau

Selon la définition de l’UNESCO, les « Trésors humains vivants » sont des personnes qui possèdent, à un haut niveau, les connaissances et les savoir-faire nécessaires pour interpréter ou recréer des éléments spécifiques du patrimoine culturel immatériel. Tavana Salmon fait sans conteste partie de ces personnes.

(Extrait de l’article de Hiro’a n°84, Tavana Salmon, portrait d’un trésor vivant, 2014)

 

« Le tatouage, c’est dans la peau des polynésiens, c’est un art qui coule dans leur sang.

Il existe depuis toujours et ne connaitra jamais de fin,

tout comme personne ne pourra y mettre fin. C’est un fait !

C’est dans nos gènes de se faire tatouer, et personne ne pourra changer cela.

Il s’agit bien plus qu’un patrimoine ou un héritage de nos tupuna,

le tatouage coule dans nos veines ! »

(Roonui Anania, Artiste dessinateur et tatoueur à Tahiti Tatoo)

 

Dès lors, les tatoueurs se cultivent et font de plus en plus de recherches personnelles en s’aidant des livres et les travaux américains ou allemands des navigateurs des eaux pacifiques tels que Von Den Steinen, ou Handy C. Willowdean. On commence alors à voir plus clair, à comprendre les motifs, à tatouer tout en comprenant : on met du sens et des mots derrière les motifs. Les tatoueurs vont faire preuve d’ingéniosité, d’originalité et de créativité. Ils vont travailler sur des motifs et créer des dessins. Tatouer en fonction de l’histoire personnelle de celui qui portera les motifs, tel sera le but du tatoueur dorénavant (Documentaire réalisé par Phillipe Joaquim, Tatau, la culture d’un art, 2015).

 

Il est important de souligner que lorsque le tatouage réapparait, il ne s’agit pas d’une continuité, mais d’une nouvelle phase moderne de la pratique. C’est la naissance d’un nouveau style. Il est difficile de renouer avec la tradition d’hier, qui n’a malheureusement pas traversé les siècles de façon intacte. Pour autant, cela n’enlève rien à la force culturelle qu’elle représente. La culture du tatouage se détache des anciennes obligations religieuses ou traditionnelles et est dégagée de toute contrainte sacramentelle. Aujourd’hui, le tatouage apparaît comme une marque personnelle avant tout. C’est par conséquent un message que chacun peut voir selon sa conception, ses codes et ses perceptions. Il est signe d’identité personnelle et d’une grande culture polynésienne. C’est le retour en force du tatouage.

Tatouage d'une touriste

Dans nos sociétés modernes, le tatouage est un effet de mode : tout le monde se fait tatouer. Il ne s’agit plus seulement des Tahitiens ou des Marquisiens, mais même les touristes qui visitent les îles polynésiennes sont envoutés par cette pratique. C’est l’exemple que l’on constate vers la fin des années 1990 : les activités touristiques liés au lagon donne lieu au tatouage de plus en plus fréquent de raies ou de tortues. Par amour de la culture, pour la beauté et en particulier pour ce besoin de s’identifier à la culture polynésienne, le tatouage connaît un fort regain d’intérêt, revêtant un véritable rôle moteur dans l’évolution culturelle.

 

 

 

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