Le tatouage, entre sacré et tapu

Pour le tatoueur, comme pour le tatoué, la cérémonie traditionnelle du tatouage était synonyme de grandes périodes de purification. Ils devaient non seulement respecter la pratique du jeûne avant et pendant l’opération, mais aussi se préserver des femmes. Rien que le fait de les apercevoir pouvait être considéré comme un sacrilège. Il leur était aussi interdit de manger du cochon ou du kawa. Et chez certains peuples polynésiens, les candidats au tatouage ne pouvaient pas avoir de relations sexuelles, ni se regarder dans un miroir de peur que leurs motifs ne soient pas visibles.

 

 

Guerrier tahitien. Götz, Cécile Koessler, Richard Allouch, Tatouage polynésien d'hier et d'aujourd'hui, Papeete, Pacific Promotion Tahiti, 2008, 176 p.

 

Pour aider le tatoué à supporter sa douleur, le tatoueur lui chantait des chants dans les moments pénibles à supporter. Les villageois chantaient eux aussi pour que les dieux Mata Mata-Arahu et Tura’i Po sortent du Po et les accompagnent durant toute la tâche. Leur présence rendait encore plus sacrée cette pratique empreinte de tapu. Par conséquent, après l’opération qui pouvait durer des jours, on entendait encore résonner des chants pour inviter les dieux à retourner dans le Po. Et seulement à ce moment là, tous les participants étaient libérés des tapu qui pesaient sur eux.

 

 

 

Le sang était un composant fortement lié à l’idée de mana (pouvoir), ainsi puisque le tatouage l’impliquait, le jeune tatoué était d’autant plus entouré de tapu stricts. Aucune goutte de sang ne devait toucher le sol, ce qui impliquait une attention et un travail précis de la part des assistants du tatoueur.

Bien souvent, en particulier aux Marquises, la cérémonie se clôturait par des sacrifices humains. Ce fut l’une des raisons pour laquelle cette pratique fut interdite après l’installation des Européens.

Chanson Maori pour le tatouage des femmes.

Richard Allouche, Tattooage, Papeete, Una'Una Productions, 2000.

Une fois sa tâche achevée, le tatoueur était rémunéré selon la qualité de son travail et le temps investi. Il recevait alors des cochons, des massues, des parures, du tapa.

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