Renouer avec l'art du tressage

Démonstration de tressage au Tiurai de 1984.

En 1977, l’accession au statut dautonomie saccompagne dune forte crise identitaire en Polynésie française. Elle se manifeste par le besoin de retrouver certaines pratiques et valeurs culturelles qui se sont étiolées en raison de lentrée brutale dans la modernité.

La revalorisation des modes de vie ruraux entraîne la relance de lartisanat féminin préeuropéen. Les objets tressés sont mis en avant comme les symboles de lidentité culturelle maohi.

Les associations dartisanat se développent de manière importante dans les années 1980 à Tahiti, puis dans les îles. Ce réseau se structure aux travers de la naissance de coopératives de ventes, de fédérations.

Le statut social des artisanes des matahiapo (« anciennes »), issues de milieux ruraux le plus souvent, est redéfini, selon O. Ginolin, pour qui les «  mama artisanes » sont à la fois les gardiennes et les vectrices de la dextérité technique de la tradition culturelle polynésienne.

 

Le tressage est néanmoins un patrimoine fragile dont la pérennité est toujours menacée par lattrait dactivités plus lucratives, doù lintérêt de protéger cette pratique et de la mettre en valeur, en faisant prendre conscience aux générations qui suivent de limportance de sa place au sein de la société.

Les autorités revendiquent dailleurs de plus en plus la reconnaissance de lidentité polynésienne et mettent en place des actions en faveur de la relance des activités artisanales, tant à Tahiti que dans les archipels, où le développement de ce secteur est une source de revenus propice au maintien de la population dans les îles.

Le centre des métiers dart (CMA) est créé en 1980. Sa mission est de rechercher, conserver et perfectionner les techniques artisanales et artistiques ancestrales, pour les transmettre aux jeunes Polynésiens. Mais ce nest que depuis 1995 que le tressage est enseigné, avec un intérêt limité. Cela sexplique par le fait que le tressage est par tradition une activité féminine, alors que la majorité des élèves sont des jeunes hommes plus attirés par le travail du bois, de la pierre ou de la nacre.

 

  • Cependant quelques femmes de Tahiti, originaires des Australes le plus souvent sont des vraies professionnelles de l’artisanat. Ces femmes qui ont « le tressage dans le sang », comme elles le disent, gèrent et supervisent la production dans les îles auprès des fetii, font venir les matières premières, tressent et font tresser la famille. Les produits achevés, elles s’occupent de vendre elles-mêmes les produits au marché de Papeete ou dans les salons.Les tresseuses au XXIe siècle

Il est difficile destimer le nombre de personne qui exercent le tressage aujourdhui et peuvent en vivre. Le secteur est informel, la plupart des artisanes exercent leur activité au sein dassociations, familiales le plus souvent, elles-mêmes regroupées en fédérations. Les artisanes sont en générale polyvalentes elles tressent, cousent, gravent et possèdent souvent une autre activité salariée. Ainsi, les tresseuses ne vivent bien souvent pas de lartisanat toute lannée. Elles tressent au coup par coup en prévision dun salon, quand le foyer en éprouve le besoin, pour répondre à une commande (mariage, anniversaire , baptême etc.).

Que ce soit à Tahiti ou aux Australes, les associations familiales possèdent souvent leurs propres circuits, de la plantation jusqu’à la vente, comme pour le pandanus. Les hommes plantent, entretiennent les cultures, tandis que les femmes tresses et vendent.

Les fare-artisanat, sont aussi lexpression dune activité toujours vivante. Dans les îles Australes, particulièrement à Rurutu et Rimatara ils concentrent la vie de leurs artisanes : elles se retrouvent au fare pour travailler, et échanger des savoir-faire. Elles assurent même une maintenance tour à tour afin que le fare soit en permanence ouvert au public.

De plus en plus de femmes préfèrent cependant travailler seules, chez elles ou en petits comités, dans ce cas là, le fare fonctionne comme un dépôt -vente, où chacun encaisse au moment de la vente.

 

Travail en communauté au CJA de Riamatara où les jeunes femmes apprenant les rudiments du tressage