Le 'uru, un patrimoine gastronomique pour aujourd'hui

Il est évident que beaucoup de ces traditions culinaires se sont perdues au fil du temps, depuis la période du contact jusqu'à nos jours. Aux codes culinaires traditionnels se sont substitués, dans la gastronomie polynésienne, des apports extérieurs provenant de la culture européenne, étasunienne mais aussi asiatique . Des outils permettant un gain de temps et de travail ont fait leur apparition, ce qui pousse les gens à se tourner vers ces nouvelles méthodes.

Jean-Marc PAMBRUN, intellectuel polynésien, a dit un jour : « le tumu 'uru était un des piliers de l'univers polynésien ». Il n'avait pas tort en utilisant cette formulation car les mœurs des Polynésiens ont bien changé. Auparavant, on peut affirmer que tout le monde avait un arbre à pain chez lui. Ce n'est plus le cas aujourd’hui, car, en raison de l'urbanisation et de la concentration de l'habitat, il n'y a plus toujours assez de place pour planter ce type d'arbre. Aujourd'hui, la culture gastronomique a surtout évolué et s'est modernisée voire mondialisée. Un constat évident est fait : la jeunesse se désintéresse du passé et se tourne vers un monde interconnecté et occidentalisé, dont les représentants majeurs sont les États-Unis (modèle capitaliste) et leur système de restauration rapide appelé « fast food ».

Néanmoins et même si la préparation au ahima'a reste longue, nous observons la transmission de ce patrimoine à la jeunesse, le plus souvent de père en fils, car il faut en effet prendre plusieurs paramètres en compte afin de réussir ce type de cuisson sous terre. La jeunesse se retrouve dans des réinterprétations plus modernes mais retrouve aussi un certain intérêt envers sa culture gastronomique et toutes ces anciennes méthodes de cuissons.

 

C'est avec beaucoup d'audace que certains se sont lancés dans la production de 'uru mais avec plus de modernité : c'est le cas de l'entreprise Tahiti Uru Factory, inaugurée en 2013, qui propose une farine de 'uru sans gluten, des chips, des frites, des gâteaux, ashard et plusieurs autres préparations adaptées à la consommation contemporaine et à base de 'uru. En effet, cette jeune entreprise s'est penchée sur l'histoire du HMS Bounty ainsi que sur l'intérêt des Anglais pour le 'uru afin de nourrir les esclaves d'Amérique. Ses dirigeants se sont demandés quels étaient les propriétés de ce fruit mais ils ont surtout remarqué que la plupart des fruits pourrissaient et jonchaient le sol. C'est alors qu'ils ont décidé de mettre le fruit de l'arbre à pain à l'honneur dans de nouvelles créations culinaires dans l'air du temps, afin de moderniser le 'uru. Leur travail est tellement apprécié qu'ils ont été conviés à présenter leurs produits au Salon de l'Agriculture de Paris au début du mois de Mars 2016.

Mais Tahiti Uru Factory n'est pas la seule entreprise à s'être lancée dans le commerce du 'uru. Une autre personne présente lors de la 4e édition du Festival du 'uru en Mars 2016, auparavant informaticien, s'est lancé dans l'aventure du 'uru au mois de Décembre 2015. Après cette reconversion totale, il nous affirme voir en ce fruit une « des bases fondamentales de notre société qu'il faut préserver, exploiter afin d'en tirer le meilleur. » et d'ajouter : « La jeunesse devrait s'intéresser plus à ce fruit et revenir aux fondamentaux » en enfin « il faudrait que ce fruit soit classé en tant que patrimoine culturel de la Polynésie française ». 

 

Le 'uru a donc de grandes chances de se développer et d’atteindre le marché international et il est bien accueilli par le grand public.

De plus, nous remarquons un regain d'intérêt pour les produits locaux comme le 'uru poussé par la tendance à la nourriture biologique et l’intérêt porté à la consommation de produits locaux. Ce produit a de l'avenir sur le marché local et plus encore sur le marché international.

Selon le questionnaire que nous avons pu proposer à plusieurs témoins, nous observons une réelle prise de conscience dans la population, autant chez les très jeunes (8-10 ans) que chez les personnes adultes (16-40 ans). Les personnes interrogées considèrent que le 'uru fait partie de notre culture et qu'il devrait être considéré comme un patrimoine, afin qu'il perdure et qu'il continue à nourrir les Polynésiens pour toujours.

 

Preuve de son importance dans la culture polynésienne, le thème du 'uru est repris dans divers représentations culturelles, comme le Heiva i Tahiti 2015. En effet la troupe de chant Pupu Tamari'i Mahina a interprété un himene tarava sur l'histoire de Hina : il est dit que cette dernière avait de la sève de 'uru dans les cheveux et qu’elle alla donc se laver les cheveux dans le district qui porte maintenant son nom, c'est-à-dire Mahina, qui veut littéralement dire hina est propre. Ce groupe a notamment remporté le deuxième prix dans cette même catégorie lors du concours.

Plus récemment, la troupe de danse Nonahere présidée par KAINUKU Matani a donné une représentation dont le thème était « Te 'uru », représentation qui s'est tenue au mois de Mars 2016 et qui a eu beaucoup de succès auprès du public.

 

Le 'uru était, est et sera toujours un arbre nécessaire à la vie des Polynésiens pour tout ce qu'il représente et ce qu'il apporte à notre société en pleine mutation mais qui a néanmoins besoin de connaître son histoire, son passé et sa culture afin de construire un avenir solide et prospère.

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