Des remèdes issus de la nature

Recherche réalisée par Joackim WONG KIM, Poeiti TUHEIAVA et Teumere MARA.

 

Le mot ra’au peut être traduit par trois termes : médicament, bois et plante. Dans notre cas, les ra’au Tahiti ou remèdes traditionnels étaient les seuls traitements disponibles avant l’arrivée des Européens en Polynésie. Cette médecine utilise essentiellement des plantes médicinales qu’on peut retrouver dans l’inventaire Plantes utiles de Polynésie-Ra’au Tahiti de P. Pétard.

                                                                                                                               

  • Un remède pour chaque type de maladie

Les ra’au peuvent se présenter sous différentes formes tel que des bains d’eau froide ou chaude, des potions, des onguents, des massages ou encore des boissons. Les préparations varient selon les maladies à soigner. Les plantes peuvent être infusées ou dans la majeur partie des cas, elles sont écrasées à l’aide d’un penu (pilon en pierre) dans un ‘ūmete (récipient creusé dans le bois ou dans la pierre) ou dans une demi-noix de coco.

Ke’a tuki (petit pilon médicinal en basalte, îles Marquises) ; ‘umete (petit contenant à pieds à usage médicinal en bois de tamanu, Tahiti).

Le suc obtenu est alors utilisé pur en application externe ou mélangé à de l’eau pour être bu (Grand, Simone. Tahu’a, Tohunga, Kahuna: Le Monde Polynésien Des Soins Traditionnels. Pirae, Tahiti, Polynésie française: Au vent des îles, 2007 ; p 179).

Un article de Michel Panoff énonce différents remèdes traditionnels, ainsi que les recettes permettant de les fabriquer. En se référant à cet article, nous pouvons dire qu’il existe plusieurs ra’au spécifiques à une maladie, citons par exemple :

- Le ra’au tu’i parai qui est utilisés pour le traitement des otites.

- Le ra’au ira to’eto’e utilisé pour les convulsions « froides ».

- Le ra’au’aiate est un traitement pour le cancer du foie.

- Le ra’au he’a permet d’éliminer les impuretés dans le sang.

- Le ra’au pē est un traitement contre les plaies infectées.

- Le ra’au ouma est un traitement des maladies de poitrine et de la toux.

(Panoff, Michel. “Recettes de la Pharmacopée tahitienne traditionnelle.” Journal d’agriculture tropicale et de botanique appliquée 13, no. 12 (1966), p. 619–40).

Les deux premiers médicaments sont utilisés en usage externe, en onguent pour le premier et en lotion pour le deuxième, tandis que les quatre autres doivent être ingérés en boisson. Les remèdes traditionnels, comme on peut le voir par ces exemples, peuvent d’une part traiter des maladies bégnines (ra’au ouma pour la toux, par exemple) qui ne présentent pas de réel danger pour la santé des patients. Mais ils sont aussi réputés pouvoir également atténuer voire soigner des personnes atteintes de maladies malignes (ra’au’aiate pour le cancer du foie). Simone Grand explique ainsi : « Aimée a été gravement malade et a utilisé un médicament originaire de Rurutu, ra’au mariri pū ātere, contre le cancer. Elle a été guérie, mais n’a jamais pu partager ses observations, ni faire vérifier ses résultats. » (Grand, Simone. Tahu’a, Tohunga, Kahuna: Le Monde Polynésien Des Soins Traditionnels. Pirae, Tahiti, Polynésie française: Au vent des îles, 2007 ; p. 90).

 

  • Une préparation différente pour chaque remède

Dans son article, Michel Panoff a recensé les recettes des différents ra’au cités précédemment, il montre que chaque préparation est différente. De plus, les ingrédients sont choisis en fonction de plusieurs caractéristiques, telles que la partie de la plante à utiliser, le degré de maturité de la plante, si ce sont les feuilles cueillies sur l’arbre ou ramassées au sol qui doivent servir au remède, la couleur des feuilles ou encore s’l faut prendre le fruit en entier ou une partie seulement (Grand, Simone. Tahu’a, Tohunga, Kahuna: Le Monde Polynésien Des Soins Traditionnels. Pirae, Tahiti, Polynésie française: Au vent des îles, 2007.) Les quantités de certains ingrédients liquides ne se mesuraient pas (et encore actuellement) avec un verre doseur mais avec les doigts de la main, donc elles dépendent de la personne qui réalise le ra’au.

En nous rendant au festival du ‘uru (arbre à pain, Artocarpus altilis), nous avons pu assister à la fabrication d’un ra’au tahiti par māmā Jeannette. Il s’agissait d’un remède contre la toux à base de bourgeon d’arbre à pain. La māmā’ū (grand-mère en tahitien) nous a énoncé les différents ingrédients nécessaires à la préparation du ra’au : quatre bourgeons de ‘uru de variété Paea (ici la variété de la plante est importante car le remède ne marcherait pas avec d’autre type d’Artocarpus altilis), quatre feuilles jaunes de Tou (Cordia subcordata, voir Panoff, Michel. “Recettes de la Pharmacopée tahitienne traditionnelle.” Journal d’agriculture tropicale et de botanique appliquée 13, no. 12 (1966): 619–40.), auxquels se rajoute quatre feuilles vertes de la même espèce et un verre d’eau. La préparation se fait dans un ‘ūmete, les feuilles et les bourgeons sont écrasés avec un penu puis la bouillie est mise dans un torchon propre (pāhi’i) et infusée dans le verre d’eau. Le remède doit ensuite être avalé.

Confection de ra ‘au contre la toux par Mama Jeannette, à base de bourgeon d’arbre à pain.

Photos : Tuheiava Poeiti, prises le 19 mars 2016.

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