Un patrimoine culturel immatériel à protéger

La médecine occidentale a pris une plus grande importance vis-à-vis des remèdes traditionnels qui sont de moins en moins utilisés et dont la transmission n’est pas assurée. Les ra’au Tahiti n’ont plus la même importance ni la même valeur qu’autrefois. En effet, la médecine passe en général avant la médecine traditionnelle. Même si certaines familles ont encore recours au ra ‘au Tahiti, cette pratique ancestrale est menacée d’oubli (VERPRAT F., « La médecine traditionnelle menacée d’oubli », La Dépêche, 2010, p. 23). Les tahu’a quant à eux sont de moins en moins nombreux et âgés, ce qui fait craindre une disparition de la « vraie » médecine traditionnelle (Grand Simone, Tahu’a, tohunga, kahuna : Le monde polynésien des soins traditionnels, Tahiti, Au vent des îles, 2007).

 

  • La perpétuation d’une pratique ancestrale

Autrefois, la transmission de la médecine traditionnelle se faisait à l’oral au sein d’une famille. De nos jours, il est important de souligner que ce sont les grands-parents et en particulier les Mama (les grands-mères) qui sont le symbole de la transmission des soins traditionnels. Peu de traces écrites ont été recensées et la transmission du savoir-faire médical traditionnel en Polynésie française est faible. Cela se voit notamment chez les jeunes générations qui n’accordent plus beaucoup d’importance aux pratiques et savoirs ancestraux.

La recherche et la classification des plantes médicinales en Polynésie française ont contribué à la sauvegarde des savoirs ancestraux et culturels liés aux soins traditionnels polynésiens. En effet, l’inventaire de ces plantes, dans l’ouvrage de Paul Petard, permet une meilleure compréhension de leur utilité et peut aussi toucher un large public qui n’a pas forcément de liens direct avec le « monde » des remèdes traditionnels (Petard, Paul, Plantes utiles de Polynésie, Raau Tahiti, Papeete, Haere po no Tahiti, 1986).

En 1992 une enquête a aussi été menée par le département « Traditions » du Centre polynésien des Sciences humaines pour recenser les « tradi-praticiens » (excluant les charlatans) et inventorier les recettes et plantes médicinales. Grâce à cette étude, deux cent quatre-vingt-une recettes ont été archivées et soixante-treize tradipraticiens ont été recensés. L’étude indique aussi que, pour ces guérisseurs « le volume de consultations annuelles a été estimé à 89 950 » (Salmon, Joséphine. “L’utilisation populaire des Plantes médicinales à Tahiti et dans les Iles de la Société.” Journal d’agriculture tropicale et de botanique appliquée 2, no. 7 (1955), p. 438–42). Cet inventaire montre donc l’importance que conservent tout de même les ra‘au Tahiti dans l’identité polynésienne et donc dans son patrimoine culturel immatériel. La collecte d’informations liées à cet art s’est lentement améliorée à travers divers outils car on passe d’une transmission orale à de nouveaux supports, tels que des ouvrages, des carnets ou des traces audio-visuelles qui pourront faciliter la conservation de ces pratiques traditionnelles.

 

  • Des ra’au répandus au niveau international

De nos jour, certains produits utilisés dans la médecine traditionnelle sont commercialisés et exportés dans le monde. En effet, nous pouvons citer par exemple le tamanu (Calophyllum inophyllum) qui est utilisé pour des éruptions sur le corps ou sur des blessures pour leur cicatrisation, est disponible en grande surface sous forme d’huile, de baume ou de crème. Ce produit a fait son entrée dans la thérapeutique européenne grâce aux travaux de Jeanson en 1948, il en conclue que le tamanu possède des effets régénérants, apaisants et hydratants sur l’épiderme (Mariette-Chanson, N. “Étude sur l’huile de Calophyllum inophyllum Travaux cliniques démontrant les propriétés cicatrisantes de l’huile.” Phytothérapie 4, no. 4 (Novembre 2006), p. 67–71).

De même, le noni (Morinda citrifolia), utilisé dans la pharmacopée traditionnelle pour soigner diverses maladies (le diabète, les maladies du cœur, des cancers, des ulcères…) ou atténuer des blessures, est commercialisé sous forme de boissons, d’huile ou de crème. Des recherches ont montré qu’il avait des propriétés anti-bactériennes et permettrait de prévenir les cancers (Wang Mian-Ying. “Morinda Citrifolia (Noni) : A Literature Review and Recent Advances in Noni Research.” 1601 Parkview Avenue, Rockford: Illinois College of Medicine, Department of Pathology, décembre 2002. http://www.chinaphar.com/1671-4083/23/1127.htm). L’usine locale Morinda située à Mataiea participe à l’élaboration de produits à base de noni. Elle s’occupe essentiellement de la matière première (noni) qui est ensuite envoyée dans d’autres pays tels que la Chine ou les Etats-Unis pour être transformée en produits ayant des vertus médicinales.

 

Les ra’au tahiti ne peuvent pas être définis comme de simple médicaments car ce ne sont pas seulement des produits mais tout un processus qui englobe des savoirs ancestraux et des croyances propres à la Polynésie. Ils font partie du patrimoine culturel immatériel de notre fenua (pays).

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