L’évolution des techniques de pêche

Aujourd’hui, les techniques de pêche sont davantage diverses et variées. On constate néanmoins que certaines d’entres elles pratiquées à l’époque, le sont encore aujourd’hui, ou bien ont été modifiées grâce aux nouvelles technologies et outils dont nous disposons maintenant.

La pêche côtière

            Les techniques de pêches utilisées sont principalement la pêche à la canne, la pêche à ligne de fond et la technique de la traine. Les espèces de poissons visées sont notamment les bonites et les divers thonidés.  Aujourd’hui, les pirogues ont laissé place aux bonitiers et aux potimarara.

  • Les différentes techniques utilisées
  • La pêche à la traîne consiste à laisser trainer un leurre derrière un bateau naviguant à 5 nœuds. Aujourd’hui, les pêcheurs ont moins recours à la nacre dans la confection des leurres ; ils utilisent des leurres artificiels colorés. Cependant, cette pêche est très gourmande en carburant et pour un butin qui n’est bien souvent à la hauteur de l’espérance.
  • La pêche à la ligne de fond est pratiquée de la même manière qu’autrefois, mais avec des matériaux plus modernes. En effet, les hameçons utilisés auparavant été faits à partir d’os ou de nacres. Aujourd’hui la grande majorité des hameçons sont faits avec du métal. L’utilisation du sondeur et du GPS remplacent de plus en plus les repères terrestres pour la localisation des sites de pêche.
  • La pêche au harpon est toujours d’actualité. Elle est pratiquée sur les récifs ou bien au large. Pour la pêche au large, le harpon est employé sur un poti marara (un bateau léger maniable et rapide) ; les espèces visées sont les mahi mahi. (Dorade Coryphène). La technique consiste à repérer les bancs de poissons grâce à un vol d’oiseau et aux lunettes polarisées du pécheur.  Une fois un banc de mahi mahi repéré, le pécheur lance son bateau sur celui-ci.  Les poissons en paniques ont la particularité de rester en surface. Lorsqu’ils sont pourchassés, les mahi mahi prennent la fuite en faisant des bonds hors de l’eau. Le pécheur doit agilement poursuivre sa proie jusqu'à épuisement totale de celle-ci. Cette chasse se termine par le harponnage du poisson épuisé.
  • La pêche à la canne est reprise de nos jours, il s’agit de la technique du tira réactualisée (cf. partie 1.1.1 ci-dessus). Les pirogues légères sont remplacées par les puissants bonitiers (vedettes de pêche conçus spécialement pour la pêche à la bonite). La technique en elle-même n’a pas vraiment évoluée, mais l’équipement du pécheur est à la hauteur de son temps. Les hameçons en nacres ont des pointes en métal inoxydable, le nape cette fibre végétale qui sert de ligne est remplacée par du nylon. Les cannes en bambou par contre restent toujours utilisées parce qu’elles sont moins coûteuse. Ces tiges de bambou n’ont rien à envier aux cannes en carbones et les pêcheurs le savent très bien.

 

Type d’hameçons moderne avec pointe métallique pour la pêche à la bonite.

Sources : LAVONDES A (1971) Le polynésien et la mer

 

La pêche lagonaire est soumise à de nombreuses réglementations. Le rahui perdure toujours et se calque de plus en plus aux règlementations appliquées dans d’autres pays. Par exemple, la tortue qui était autrefois consommée par les ari’i est aujourd’hui totalement interdite à la capture, à la détention et la vente.

Pour des raisons complexes les ressources marines sont menacées par le changement climatique, la surpêche et la pollution. Des Aires Marines Protégées et des Plans de Gestion des Espaces Maritimes ont vu le jour pour essayer de freiner au maximum la diminution des ressources marines. Ces réglementations permettent de créer des réserves et de préserver les ressources naturelles, en permettant aux espèces de se renouveler. Des périodes de rahui ont été instaurées notamment pour la pêche de crustacés tels que la langouste, des coquillages comme le trocas.  Actuellement du « 01 février 2016 au 30 avril 2016 il est interdit de pêcher, détenir, transporter, commercialiser et consommer nos langoustes » (Direction des Ressources Marines et Minières)

Les différentes techniques utilisées

  • La pêche à pied demeure toujours comme autrefois. Elle s’est néanmoins quelque peu diversifiée au fil des siècles. En plus de ramasser des coquillages, on y trouve la pêche des langoustes la nuit. L’intérêt pour cette pêche a beaucoup changé aussi puisqu’elle est très rentable. Les prises de nuit sont nombreuses et faciles à faire. Les espèces recherchées ont un intérêt économique important pour le pêcheur.

 

  • La pêche à la ligne se décline désormais en plusieurs variantes que sont :
    • La ligne à main avec un ou plusieurs hameçons
    • La pêche au lancer avec moulinet
    • La pêche avec des appâts naturels

 

  • La pêche au filet. Désormais, les filets sont faits à partir de matériaux synthétiques. Les mailles des filets ne sont plus en matière végétales mais en cordes synthétique voire en nylon. Les flotteurs sont en polystyrène et les plombs qui servent à couler les filets ne sont plus en pierre volcanique. La pêche aux filets est très pratiquée de nos jours et elle se décline en diverses techniques :

 

  • l’épervier ou upe’ataora
  • le filet encerclant ou fa’a’ati avec de petites mailles
  • le filet entonnoir qui conduit à une nasse ha’apua
  • le filet maillant ou parava dans lequel le poisson se coince dans les mailles.

 

  • La pêche au casier ou à la nasse est une technique qui cible les poissons ou les crabes que l’on désire capturer.

 

  • La pêche en plonger se réalise soit à mains nues soit à l’aide d’un outil, généralement un crochet pour les oursins par exemple, ou bien un fusil de pêche. Cette technique se fait de jour comme de nuit. Le pêcheur s’équipe d’une torche et choisis ce qu’il désire attraper.

 

  • Sources des données : Direction des Ressources Marines et Minières

    Les parcs à poissons sont fortement présents aux Iles sous le vent ainsi qu’aux Tuamotu et Gambier. Ils sont conçus avec du grillage en acier et des piquets en fers. Le principe reste le même qu’avant ; l’idée étant de prendre au piège des poissons et de les pêcher ensuite pour la consommation ou la vente.

 

La pêche d’aujourd’hui est valorisée et fait incontestablement partie du patrimoine polynésien. Les savoirs ancestraux nous sont connus grâce à la transmission orale qui s’opère de génération en génération. Ce patrimoine immatériel et culturel polynésien est préservé et encadré par les politiques. Le ministère de l’économie bleue au travers d’un service dénommé la Direction des Ressources Marines et Minières (DRMM) veille à la préservation des savoirs et à leur diffusion. La DRMM dispose de nombreux documents et propos recueillis auprès de pêcheurs concernant les techniques de pêche ancestrale ainsi que les ressources marines présentes dans le Pacifique.

De nombreux chercheurs et scientifiques contribuent à la sauvegarde de ce patrimoine immatériel au travers de leurs travaux et de leurs écrits. Toutes ces ressources sont accessibles à tous. Pour que ce soit plus ludique et captivant, des posters et des dépliants ont été crées par la DRMM. Ces derniers mettent en exergue les techniques de pêche ancestrales et les espèces de poissons.

Pour sensibiliser à la préservation de ce patrimoine, la pêche sportive est pratiquée lors d’excursions proposées notamment aux touristes. Il s’agit d’une sorte de concours où le défi est de pêcher à l’aide d’un moulinet et de la force de ses bras, le plus gros poisson, généralement un espadon ou un thon. Certes les outils de pêche sont plus modernes, mais l’objectif est de montrer les techniques pratiquées autrefois. Cela permet d’obtenir une manne financière favorable à l’économie polynésienne mais aussi et surtout de maintenir ce patrimoine culturel polynésien dans le temps et de l’exporter au-delà de nos eaux.

Ce patrimoine pourrait être davantage valorisé au travers d’autres activités. Dans certaines îles par exemple, la pêche aux cailloux est encore pratiquée comme aux temps anciens. Cette technique est assez spectaculaire et a pour effet de rassembler en masse la population. Cela pourrait être une attraction touristique, qui permettrait de faire des démonstrations et d’initier les touristes à cette pêche ancestrale. Ainsi, cela permettra de faire vivre et perdurer ce patrimoine hérité des anciens et ainsi de sensibiliser.

 

L’état actuel des techniques de pêche ancestrales montre qu’il s’agit bien d’un patrimoine qui reste pratiqué au quotidien par les sociétés Polynésiennes. Néanmoins, ce patrimoine immatériel et culturel polynésien est menacé dans son authenticité par l’apport de techniques de pêche extérieures.

 L’avancée technologique est aussi un facteur important qui explique la dynamique des savoirs de la mer. Aujourd’hui, de nouveaux thèmes sont au cœur des débats, la protection de l’environnement et la gestion des ressources marines.

En Polynésie Française, c’est la Direction des Ressources Marines et Minières qui est en charge de la gestion des ressources, de leur protection, de la conservation et de la transmission des savoirs.

Malgré cela, les mentalités changent ; autrefois la pêche était une activité pratiquée pour la survie. Aujourd’hui, elle est pratiquée à des fins économiques dans le but d’en tirer profit ce qui a pour effet de dénaturer la vocation des techniques de pêche héritées du passé.

Néanmoins, les techniques ancestrales arrivent à demeurer aujourd’hui grâce à la transmission orale qui s’opère de génération en génération et qui leurs permettent ainsi de perdurer et de cohabiter avec les techniques de pêche modernes.

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