Un héritage vieux de près d'un siècle

Le premier truck est créé à Tahiti en 1920 par les frères Jamet peu après la fin de la Première Guerre mondiale. Tous deux propriétaires-exploitants français ayant élu domicile à la presqu’île, dans le district de Taravao, ces frères mirent en place le premier service automobile qui desservait Tahiti, depuis Tahiti Iti (Presqu’île) jusqu’à la capitale de Papeete par la côte ouest de l’île. C’est à partir d’un camion de la marque Dodge que le tout premier truck fut élaboré et sillonna les routes polynésiennes.

 

  • Qu’est-ce qu’un truck ?

Truck à Papeete, 1952 National Library of NZ White aviation Ltd

Un truck est un camion à châssis long et nu sur lequel est montée une longue caisse en bois. Il est « issu du génie folklorique des gens d’ici » (Lili Oop, Polynésie 1ère et Thelem Médialab, Ta’ata : Le dernier truck de TAHITI, 2011). Il avait pour but de transporter des personnes et leurs marchandises depuis toute l’île de Tahiti vers le Marché de Papeete en général. En effet, la caisse en bois prenant la forme d’une large galerie, permettait de transporter des bagages, des marchandises diverses, des produits de la campagne (taro, banane, poisson, etc.) ou encore d’entreposer des objets divers tels que des roues de secours ou des bancs dans et au-dessus de l’automobile.

 

Ce moyen de transport atypique et « ayant peu de choses en commun avec les bus actuels » (J. Champaud, Croissance Urbaine et dépendance économique en Polynésie Française, Editions de l'ORSTOM, 1992 - 313 pages) se structurait de la façon suivante :

  • Une caisse de bois dont l’arrière débordait largement l’arrière du châssis.
  • Deux banquettes de bois qui longeaient les côtés de la caisse et qui se faisaient face.
  • Un banc mobile en plein centre de la caisse de bois et entre les deux banquettes précédemment citées où l’on s’asseyait à califourchon et qui permettait de ramasser des passagers supplémentaires.
  • Une large ouverture à l’arrière permettant aux éventuels passagers de descendre ou de monter dans le truck, qu’il soit en route ou à l’arrêt.
  • Une ouverture sur le flanc droit de la caisse en bois et sur laquelle était disposé un petit escalier, facilitant la montée des clients à l’intérieur.
  • Une corbeille était coincée de manière à la maintenir à sa place, entre l’échelle qui donne accès au truck et la caisse. Elle permettait aux passagers d’y jeté leurs déchets.
  • Plus tard, une sonnette sera installée à l’arrière pour demander au chauffeur du truck, l’arrêt de ce dernier.

Truck à Papeete, 1952 National Librairy of NZ Whites aviation Ltd

 

Les caisses de bois étaient soit fabriquées par les menuisiers de l’agglomération de Papeete (Menuiserie de Hamuta-Pirae) ou par les propriétaires des trucks eux-mêmes. Il s’agissait généralement d’activités qui se transmettaient de génération en génération.

De taille et d’âge différents, ces engins aux couleurs vives furent, et le restent encore, un moyen de transport pittoresque et emblématique de la Polynésie Française : 

 

« Avec ce premier truck, Tahiti, sans s'en douter, est en train de changer de physionomie : les trucks colorés, chargés de Tahitiens rieurs, chantant tout au long de la traversée des districts, au milieu des volailles des poissons, des légumes et des fruits qu'ils vont vendre ou qu'ils ont acheté au marché de Papeete, les trucks flambant neufs ou grinçant de vieillesse, conduits par des chauffeurs qui, pour quelques francs vous emmènent au bout de l'île, les trucks vont devenir rapidement un élément quotidien capital de la vie et du paysage tahitiens. »

« Mémorial Polynésien » - Dictionnaire illustré de la Polynésie : 1934-1939.

 

En effet, c’est parés de leurs plus belles couleurs que les trucks faisaient voyager les Polynésiens dès l’aube. C’était dans une ambiance conviviale et joviale que les trajets s’effectuaient. Lumineux de leurs bandes de couleurs sur chacun des flancs de la caisse de bois et de leurs fleurs accrochées à l’armature, les trucks, bien avant que les rayons chaleureux du soleil polynésien ne se lèvent, s’animaient :

http://tahiti2009.unblog.fr/lhotel/

 

« Nous nous étions levés un peu avant l’aube pour prendre le truck Taravao-Papeete. Au bord de la route, un monstre noir dardait vers le ciel une toison hirsute. Les deux gros yeux électriques qui s’allumèrent brusquement nous révélèrent l’autobus local. Sous un amoncellement de cocos et d’ignames, la toiture pliait. Des centaines de feuilles de cocotier tressées, destinées à une maison de la ville, coiffaient l’ensemble et lui donnaient cette allure de hérisson coléreux. A l’arrière, pendaient des paquets de poissons luisants, et une truie, les pattes solidement liées au marchepied, obstruait l’entrée du véhicule […] Malgré l’heure tardive, ou avancée, aucun des passagers ne semblait vouloir se laisser aller au sommeil. Un groupe […] brandissant des guitares, envahit les banquettes. Tous, dans ce truck, étaient prêts à flamber comme une bourre de cocos bien sèche. Les guitares servirent d’allumette… On débuta, par des chansons popaa. C’était charmant […] Les gosiers unanimes réclamaient un peu de carburant. On envoya réveiller le Chinois et acheter quelques bouteilles de bière. Dans la cocoteraie de Papara, le truck s’arrête soudain devant une feuille de cocotier en travers de la route qui barre symboliquement le chemin. De derrière des arbres apparaît une mama avec son bébé dans les bras qui vient se joindre à nous pour conduire son bébé malade chez le taote (docteur) à Papeete […] Les plaisanteries et les éclats de rire se mêlèrent aux appels réitérés du klaxon. Tout le long du parcours, les guitares vont bon train. Chacun est heureux, de ce bonheur facile, léger et sans malice, qui est comme la marque du pays »

Bob Putigny, Tahiti, dernier paradis, 1952.

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